jeudi 14 octobre 2010

Havana club, Montecristo et tarentules...

Une soirée d’octobre quelque part  à l’est de Varadero...

Voilà maintenant dix jours que nous nous  dorons la pilule au soleil de Cuba et il est temps que je vous raconte un peu à quoi ça ressemble. Ou du moins que je vous en donne un petit aperçu car le but de cette aventure là est surtout de farniente. Oui, je sais : la honte. Être dans une des plus belles îles du monde et se contenter de se la couler douce  sur une plage paradisiaque… A nos détracteurs (et autres râleurs), je répliquerai qu’un voyage de découverte ne s’organise pas  en moins d’une semaine, or nous avons acheté les billets le vendredi soir pour un départ le lendemain midi… Je crois que c’est ce que l’on appelle du « dernière minute »… Ensuite, Cuba étant à seulement quatre heures de vol de Montréal, comptez sur nous pour revenir ici très prochainement, et cette fois, on vous racontera autre chose que les plages de sable blanc et les lagons turquoises… (ce qui n’est quand même pas si mal!)

Mais il ne sera pas dit que je vous laisserai sur votre faim car vos aventuriers préférés ont toujours une ou deux anecdotes dans leur sac! Ainsi donc, voici un patchwork de nos péripéties cubaines, photos à l’appui…


Nous nous trouvons actuellement à Guardalavaca,  qui est dans l’est de Cuba et notre hôtel donne sur la plage Esmeralda, qui doit probablement avoir servi de modèle pour des cartes postales : sable fin, eau transparente et turquoise, palmiers. Enfin vous voyez, le truc classique quoi. Le reste du paysage, lui, me fait beaucoup penser aux  décors du film « Pirate des Caraïbes » : des cocotiers, des bananiers, des dattiers et puis  aussi des flamboyants et beaucoup de cactus. Le soir, quand l’orage gronde sur le lagon, les éclairs illumine la forêt de palmiers et je m’attends toujours un peu à voir apparaître le black Pearl  quelque part à l’horizon!
 
Dans les fourrés qui bordent les chemins terreux, de très gros crabes se baladent en agitant leurs pinces bien haut, telles des ballerines sur leurs pointes. Sur les pierres plates, des dizaines de petits lézards se dorent au soleil. Il y en a une multitude : des  verts fluo qui lorsque l’on s’approche trop prés d’eux, décampent en enroulant le bout de leur queue sur leurs dos; d’autres d’un bleu incandescent qui rappelle la flamme  d’un briquet, d’autre encore d’un noir si charbonneux qu’on a du mal à les distinguer. Il y a aussi ces étranges oiseaux noirs avec de beaux reflets bleutés et dont le chant est reconnaissable entre tous : trois notes aigües qui vous restent longtemps en tête… Il y a encore de toutes petites grenouilles noires, à peine plus grosse qu’une mouche et d’autres un peu plus grosses, qui coassent tellement fort qu’on se croirait sur un chantier!



Et enfin il y a les Jejenes. Les quoi? Les Jejenes. Prononcez rrérrénes. Ce sont des puces de sables et aussi de belles saloperies! Vu que nous sommes à la saison des pluies, nous nous attendions –et nous étions mêmes résignés- à nous faire littéralement dévorer par les moustiques. Et bien non. Les moustiques nous ont délaissés, mais les puces, elles, se tapent un gueuleton royal chaque fois que nous mettons un pied sur la plage! Bah, comme dirait l’autre : c’est le jeu ma pov’ Lucette!
Et encore, nous nous estimons heureux car nous nous attendions à pire… Du genre des énormes scolopendres se glissant entre les draps de notre lit ou encore des scorpions sournois, tapis dans nos chaussures, prêts à nous piquer… Mais non, rien de tout ça. La seule bêbête un peu effrayante que nous avons eu l’honneur de rencontrer, c’était  une tarentule à peu près grosse comme une assiette à dessert (Ouais, quand même!) Il faut savoir que, bien que (très) impressionnantes, elles n’en sont pas agressives pour autant. Toutefois, c’était le soir de notre arrivée, et je n’en ai pas dormi de la nuit!
La faune marine a aussi son lot de bestioles charmantes. Lors d’une sortie PMT (Palmes, Masques, Tuba selon le terme de Manu), nous avons rencontrés de toutes petites méduses, transparentes (donc difficilement repérable) et avec de looongs filaments à l’air bien vénéneux. (D’ailleurs je me suis fait piquer, aïe!). Plus loin, en se baladant dans les hauts fonds, nous sommes tombés sur de petits oursins. Au début c’était drôle car de jolis poissons multicolores allaient et venaient autour d’eux : des jaunes brillants, des verts et roses,  et même des poissons trompettes avec un long nez bleu fluo.  Mais au fur et à mesure que nous avancions, les hauts fond remontaient et les oursins ont commencé à se faire plus nombreux et aussi beaucoup plus gros… Si bien qu’à un moment, nous nous sommes retrouvés à environ quarante centimètres d’un véritable champ de mines : des oursins gros comme un ballon de volley! Manu, habitué à plonger, était tout ce qu’il y a de plus détendu. Moi par contre, je vous assure que je ne faisais pas la maline! Ne pas paniquer, surtout ne pas paniquer… Encore heureux que la barrière de corail qui entoure le lagon nous protégeait des requins et des barracudas! C’était déjà un  stress de moins. N’empêche, l’eau a beau être claire, turquoise et tout et tout, quand on est sous l’eau avec un masque et qu’on regarde au loin, tout ce qu’on voit c’est du bleu un peu trouble. Alors je ne sais pas vous mais moi le bleu un peu trouble, ça me rappelle sacrément « Les dents de la mer »!

D’ailleurs Manu, qui a un jour eu le courage d’aller jusqu’à la barrière de corail en palmant, a eu le même stress… De jolis et gentils petits poissons qui viennent vous chatouiller de près et au loin, l’inconnu, le flou…  Mais notre Manu national n’est pas homme à se laisser impressionner par la perspective de deux-trois rangées de dents pointues et un aileron! Aussi le lendemain a-t’il carrément traversé la barrière de corail en kayak, se retrouvant d’un coup d’un seul du mauvais côté du garde manger! Deux trois coups de pagaie, histoire de, et hop on rentre à la maison qu’il se dit le Manu. Oui mais voilà, c’est qu’il s’en passe des choses sur une barrière de corail! Elle empêche les gros poissons de passer, elle nourrit les plus petits et surtout, surtout : c’est là que prennent naissance les vagues du lagon! Et mon Manu dans son frêle esquif  au milieu des lames naissantes commençait soudain à perdre de sa superbe! Mais ne vous inquiétez pas;  un bon coup de pagaie et une bonne dose d’équilibre lui ont permis de rejoindre la plage sain et sauf!

De mon côté, je me suis essayée à la planche à voile. Comme ça faisait plus de dix ans que je n’en avais pas fait, c’était comique. En deux mots, j’ai passé une heure à me râper les mains sur la corde en essayant de remonter cette p**** de voile et quand enfin j’y suis  parvenue, le vent s’était levé et m’a emporté au loin. Évidemment, je n’ai jamais réussi à revenir avec la voile. Je suis donc rentrée en crawlant jusqu’à la berge, puis à pied jusqu’à la cabane de location.  Conclusion : des ampoules plein des mains, des éraflures plein les cuisses (je suis tombée sur la planche…) mais quelle bonne poilâde les copains!

Le lendemain j’ai voulu tenter une balade à cheval dans la forêt mais c’est ce jour là qu’a choisi mon ventre pour se payer une intoxication alimentaire… Quatre jours durant. Puis ensuite, Manu m’a refilé sa bronchite, que nous continuons encore  de partager à ce jour. Nez qui coule, gorge en feu, toux de locomotive, rien de  mieux pour profiter de la plage! Et comme une bonne surprise n’arrive jamais seule, le traitement interdit alcool et tabac. Oui, les deux produits phares de Cuba sont le rhum et les cigares, pourquoi?

Ah les spécialités locales! Parlons en justement! Bon déjà, honte sur nous, mais nous avons laissé de côté les recommandations du médecin : Manu a continué à fumer ses cigarillos et moi à prendre des Cuba Libre… D’ailleurs, j’ai l’impression que  le rhum a de bien meilleures vertus sur la bronchite que le tabac… Par contre, chose étonnante, tous les rhums que nous avons testé n’on pas le goût de l’alcool, ce qui fait qu’on a l’impression qu’ils sont très légers. Sauf qu’à coup de quarante degrés le sept ans d’âge, il a vite fait de vous ramener à la réalité! Mais dans l’ensemble ils sont très bons : doux, avec une petite finale caramélisée, que du bonheur!

Et les Cubains alors? Si je me fie au petit échantillon que nous avons rencontré entre l’hôtel et nos balades à Guardalavaca, j’aurai tendance à dire que ce sont des gens souriants et très gentils, qui portent de grands chapeaux de pailles, font la sieste entre midi et trois heures, sont très contents quand on leur parle dans leur langue, fument de gros cigares et ont la musique dans la peau. Ce sont aussi des gens très pauvres. La plupart des maisons sont en pierres, avec des toits en torchis. Ce sont d’ailleurs souvent des maisons louées par l’état. L’essence coûte très cher,  aussi n’ont-ils quasiment pas de voiture. Ils se déplacent beaucoup à pied, à vélo ou à cheval. L’école est gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ou 18 ans. Il y a de nombreuses et très bonnes universités, d’où sortent d’excellents médecins. L’assurance maladie est gratuite pour tous les Cubains et leurs services de santé sont bien meilleurs que ceux que nous avons au Canada! Les salaires sont misérables, mais toutes les entreprises appartenant à l’état, c’est lui qui fixe les prix de manière à ce que ce soit à peu près égal pour tout le monde. Régulièrement, l’état organise des distributions gratuites de certains produits : farine, sucre, etc.

 En termes de disparité économique il semble y avoir deux grosses failles dans le système : la première est le traitement de faveur accordé aux fonctionnaires. Par exemple la viande de bœuf leur est réservée. Les autres doivent passer par le marché noir pour s’en procurer. C’est aussi le cas pour de nombreux autres produits, car Cuba connait de grosses difficultés d’approvisionnement. L’autre brèche vient des complexes hôteliers et de la richesse qu’ils apportent dans les régions touristiques.

En effet, il y a deux types de monnaie à Cuba : le Pesos convertible, ou CUC. Et les Pesos. 1 CUC = 25 Pesos  et aussi  1 CUC= 1$ US. Le Pesos est utilisé seulement par les Cubains. Il sert à payer le loyer, et les petites courses. Le CUC sert pour le reste et aussi pour les touristes. Pour vous donner une idée, une femme de ménage gagne 10 CUC par mois. Or la plupart des touristes sont des Canadiens ou des Britanniques, donc des gens qui ont l’habitude de fonctionner avec un système de pourboire. Sachant qu’un pourboire varie entre 1 et 10 CUC, ça veut dire qu’une femme de chambre peut doubler son salaire mensuel quasiment chaque jour! Vous voyez la faille? D’un côté, les gens qui font des boulots normaux : prof, chauffeur de bus, infirmière, etc. et qui gagnent 10 CUC par mois, de l’autre des gens qui bossent dans les hôtels et qui gagnent 30 fois plus. Bref, il semblerait que ça commence un peu foutre le bordel… Mais comme je le disais plus haut, notre séjour est trop bref pour qu’on puisse vraiment se faire une idée précise de la situation. Alors disons qu’on reviendra sur ce chapitre lors d’un prochain voyage dans l’île.

Bon voyons, qu’est-ce qu’il me reste encore à vous raconter? Les doigts de pieds en éventail sous les cocotiers, c’est fait. Les grosses bêbêtes qui font peur, aussi. Les petites qui sont mignonnes, idem. Bon eh bien il ne nous reste plus qu’à profiter de la fin de ces vacances et vous envoyer plein de bises ensoleillées!

 

PS: d'autres photos suivront sur Picaboo, je vous enverrai le lien par mail